Sans titre - 26 x 20.7 cm - fusain sur papier - 2006

 

Préoccupé que je suis par la Musique et la Peinture, je n'ai guère le temps de faire du tourisme d'oisiveté. Toutefois, il m'arrive de faire un aller-retour dans la journée à Deauville pour me réocéaniser.

J'ai un souvenir extraordinaire. J'avais pris le premier train, emportant mon Nagra LB avec cet enregistrement de la Rhapsodie Océanique que je voulais écouter en me promenant sur la plage. C'était une journée d'assez beau temps, pourtant le ciel devint noir et la mer lumineuse d'un émeraude clair de cadmium avec des bleus infinis. Un nuage sombre passait venant du lointain et l'enchantement supra-réel dura tout le temps de mon audition. J'étais transcendé et j'eus la conviction qu'il n'y avait pas une seule note erronée dans ma partition. Je veux tant que chaque note soit absolument exacte! C'était en 2011. Je pensais alors que cette œuvre était achevée.

À la même époque j'avais commencé une série de petites toiles représentant des océans imaginaires. Ma technique de glacis hyper-complexes nécessite des temps de séchage assez prolongés entre chaque couche et tout cela n'en finit pas de trainer, mais qu'importe, j'ai en général un train d'atelier d'une centaine de toiles en cours et il y en a toujours de très sèches sur lesquelles je peux revenir.

Bref, ces derniers mois en travaillant ces études maritimes j'ai commencé à me poser des questions sur cette Rhapsodie Océanique. Est-elle vraiment achevée? Ne lui manque-t-il pas un orage par exemple? Ou une tempête? Ou le retour d'un navire avec l'être tant aimé que l'on va enfin serrer de nouveau dans ses bras? Et ne lui faudrait-il pas un dernier mouvement chantant la joie éternelle? Celle de la fin des adieux, de la fin des chagrins?

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